Les services congolais ont tenté de faire parler le consul honoraire du Zimbabwe à Minsk Alexander Zingman sur ses activités entre Harare, Abou Dhabi et Tel Aviv.
Libéré le 30 mars au petit matin après douze jours passés dans les geôles de l’Agence nationale de renseignement (ANR) à Kinshasa, le Biélorusse Alexander Zingman, officiellement patron de la société agricole Aftrade DMCC, a attiré l’attention de tous les services de renseignement implantés dans la capitale congolaise. Selon nos sources, l’ambassadeur américain Mike Hammer a pu avoir accès à Zingman (ce dernier ayant la nationalité américaine), tout comme la consule de Russie Victoria Ignatenko (représentant les intérêts des Biélorusses en RDC, en l’absence d’ambassade à Kinshasa). Les deux diplomates avaient le même objectif que l’ANR : saisir la relation exacte entre Zingman et l’ancien président congolais Joseph Kabila (2001-2019).
Lors d’une conférence de presse donnée lors de son escale à Harare au Zimbabwe le 1er avril, pays dont il est le consul honoraire à Minsk, Zingman a bien confirmé avoir rencontré deux fois Kabila, dans ses fermes de Lubumbashi et dans celle située aux alentours de Kinshasa. Mais, selon nos sources, Zingman a également été à l’initiative de la visite de Kabila à Abou Dhabi en février, avant que les deux hommes partent ensemble en Zambie et au Zimbabwe. Zingman est très proche du président zambien Egard Lungu et de son homologue zimbabwéen Emmerson Mnangagwa.
Suspicions de l’ANR
Comme nous l’avons retracé , Zingman a été arrêté mi-mars avec deux de ses associés par l’ANR à sa descente d’avion à Lubumbashi en provenance d’Harare. L’ANR suspecte que le Biélorusse, aidé du président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa, apporte son concours à Kabila pour affaiblir son successeur Félix Tshisekedi. Alors en voyage à Doha pour une visite de deux jours , le président congolais a finalement décidé de libérer Zingman, après s’être assuré auprès de son conseiller sécurité, François Beya Kasonga, resté à Kinshasa, que toutes les informations nécessaires avaient bien été recueillies auprès de l’hôte de l’ANR.
Depuis la fin 2020, Tshisekedi a repris en main les différents centres de pouvoir auparavant dans les mains des pro-Kabila, le Parlement et le Sénat. Le tout nouveau gouvernement, qui devrait être formé dans les prochains jours, est également le résultat d’une « union sacrée » dont le but est d’écarter les soutiens de l’ancien président, désormais marginalisé. Ce dernier pourrait alors chercher à peser sur son successeur par tous les moyens.
Connexion avec Tel Aviv
Si Zingman est bien actif dans l’agriculture, comme il l’a affirmé durant sa conférence de presse, l’homme d’affaires a certainement plusieurs cordes à son arc. Selon nos informations, il a été à l’initiative de la venue à Harare en octobre 2020 d’une délégation d’hommes d’affaires israéliens très introduits dans les milieux sécurité et cyber. La délégation comprenait notamment l’ancien brigadier général de Tsahal Shimon Shapira (ex-conseiller sécurité du premier ministre Benjamin Netanyahou). Shapira a à nouveau rencontré Zingman à Abou Dhabi fin 2020, en compagnie de plusieurs hommes d’affaires israéliens dans le secteur de la sécurité. Contactés, les conseils d’Alexander Zingman ont assuré que leur client ne connaissait pas monsieur Shapira et ne l’avait pas rencontré, ni à Abou Dhabi ni à Harare.
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