Ruée vers l’or de Luhihi: Les notables du Sud – Kivu profitent de la manne aurifère dans le plus grand désordre

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Depuis la découverte d’un gisement d’or en 2020 à Luhihi, à proximité de la ville de Bukavu en RDC, les artisans miniers se pressent pour l’extraire, entraînant dans leur roue chefs coutumiers, officiels, militaires et autres élites de la province qui entendent, eux aussi, profiter de la manne aurifère, dans le plus grand désordre.

La suspension, le 1er mars par le gouverneur du Sud-Kivu, Théo Ngwabidje Kasi, des activités minières sur le site de Luhihi, au nord de Bukavu, a pour objectif de mettre fin à l’anarchie qui règne depuis quelques mois dans la zone.

Ruée vers l’or de Kabare

Un gisement d’or a été découvert en 2020 dans cette zone du territoire de Kabare, au nord de Bukavu. Depuis, des centaines d’artisans miniers venus de toute la province se sont installés à Luhihi pour y extraire l’or. La hausse des cours du métal jaune sur les marchés mondiaux les pousse à délaisser les « 3T » (étain, tantale, tungstène) dont regorgent les Kivus pour se lancer dans son exploitation.

Très précipitée, la course vers Luhihi s’est surtout faite dans l’illégalité. Les creuseurs ne sont que rarement enregistrés auprès des autorités et réalisent tant l’extraction que la commercialisation clandestinement. Les ONG et médias locaux soulignent l’explosion des violences et des cas de choléra sur le site.

Groupes non autorisés

Ils ont aussi fait état de coopératives agissant sans y être formellement autorisées, la Coomilu (Coopérative minière de Luhihi) notamment, d’un « certain Monsieur Jean-Bosco », affirmant être concessionnaire du foncier. Des groupes et milices armés, à l’instar de République du Kivu, ont également créé des taxes pour percevoir des revenus auprès des artisans.

Comme souvent dans l’est de la RDC, des membres de l’armée, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), notamment le capitaine Innocent Bamodo et ses troupes, ont été identifiés sur les lieux par la société civile de la zone. Or, il est interdit pour les militaires d’exercer des activités minières et de détenir des permis.

Les agents de l’administration de la province ne sont pas en reste. Plusieurs auraient participé à l’extraction puis à l’exportation illégale de l’or à Luhihi. Ceci a même entraîné fin février le lancement d’une action disciplinaire et la suspension du chef d’antennes des mines de Kabare, Josué Iragi Kabiona, par l’administrateur de ce même territoire, Thaddée Miderho Lunjwire. Une décision annulée début mars par le ministre des mines du Sud-Kivu, Venant Burume Muhigirwa, et par le chef de la division provinciale des mines, Simon Lubula Babafulu, l’administrateur n’ayant selon eux pas la compétence pour prendre une telle décision.

La chefferie s’en mêle

La situation semble avoir fait réagir Désiré Kabare Rugemaninzi II, le chef coutumier (ou « Mwami ») du territoire de Kabare, de ce fait autorisé à faire la police, la justice, mais surtout à recouvrer les impôts et gérer le foncier sur son « royaume ».

Désiré Kabare Rugemaninizi II a enregistré fin janvier à Bukavu la société Kabare Gold Mining aux côtés de Charles Chishokanyi Cirimwami, Rosalie Bishako et Adolphe Bandeke Bisimwa. Ce dernier a été cadre du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) de l’ex-président de RDC Joseph Kabila ainsi que coordinateur de la protection civile de la province. Les quatre partenaires devraient tenter de rassembler une partie des creuseurs arrivés à Luhihi sous la houlette de leur nouvelle société et ainsi percevoir un pourcentage des revenus issus de l’extraction, en échange d’une formalisation de leur activité et potentiellement de prêt de matériel.

Avant même la création de Kabare Gold Mining, Désiré Kabare Rugemaninizi II avait pris des initiatives pour reprendre la main sur le nouveau gisement. Alors qu’il ne l’avait jamais fait jusque-là, il aurait décidé d’instaurer à Luhihi une taxe pour la chefferie. Celle-ci a été justifiée comme destinée à financer des projets de développement des communautés locales, et aucun pourcentage ne serait donc reversé à l’Etat. Les Mwami de RDC sont régulièrement associés à la définition de ce type de projets, dans les Kivus comme au-delà . Cependant, selon nos sources dans le Sud-Kivu, jusqu’à présent, aucune action n’a été lancée pour le développement de Kabare ni aucune consultation populaire effectuée afin d’identifier des programmes dédiés.

https://youtu.be/eugW4IrRK1c

Africa Intelligence

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