loLe changement de rapport de force au sein de l’institution d’Addis-Abeba a permis à l’Etat hébreu de faire une percée décisive au cours de l’été. Il est désormais invité au sein de l’Union africaine en tant que pays observateur, au grand dam de plusieurs Etats membres.

L’accréditation du nouvel ambassadeur d’Israël, Aleli Admasu, à Addis-Abeba a provoqué une bronca de certains pays membres de l’Union africaine (UA) mi-juillet. Premier représentant de l’Etat hébreu originaire d’Ethiopie, Admasu est également le seul à avoir obtenu, après deux décennies de bannissement, d’être accepté auprès de l’institution panafricaine. Plusieurs pays membres (Afrique du Sud, Botswana et Algérie) se sont officiellement insurgés fin juillet par communiqué de leur ministère des affaires étrangères contre cette décision du président de la Commission Moussa Faki Mahamat. La question palestinienne reste un sujet de forte division au sein de l’organisation et les actualités des derniers mois ont cristallisé les tensions – en mai 2021, des affrontements à Gaza ont causé la mort de 256 personnes côté palestinien et d’une dizaine coté israélien.

Début août, une initiative plus large regroupant l’Algérie, la Tunisie, la Libye, la Mauritanie, les Comores, l’Egypte et Djibouti a dénoncé combien « le président de la Commission de l’UA a commis un dépassement procédural et politique » en acceptant l’ambassadeur d’Israël. Les sept membres demandent que ce dossier figure à l’ordre du jour du prochain conseil exécutif – niveau présidentiel – de l’UA qui devrait se dérouler en octobre à N’Djamena. Pourtant, le président de la Commission détient bien la compétence d’accepter ou refuser le cas échéant les demandes de candidature de membres non africains. Ce pouvoir lui a été accordé lors de la conférence de Syrte en Libye en 2005.

Une opération bien menée

Comme nous l’avions révélé, l’ancienne ambassadrice d’Israël en France Aliza Bin-Noun (2015-2020) et directrice du département Afrique du ministère des affaires étrangères avait fait le déplacement à Addis-Abeba afin de rencontrer les ambassadeurs africains pour jauger du potentiel succès du retour de son pays à l’UA. Ce lobbying n’a pas été inutile. Jusqu’alors, les dernières tentatives d’accréditation auprès de l’UA (2014, 2017) avaient été des échecs, le département juridique de l’institution ayant toujours émis un avis négatif. Mais cette fois-ci, selon nos sources, la directrice de ce département, l’Egyptienne Namira Negm, n’a pas été consultée et plusieurs pays ont pesé de tout leur poids pour que 2021 soit un succès pour l’Etat hébreu.

Lors du dépôt de la dernière candidature d’Israël en avril, le Rwanda, le Kenya, le Ghana, le Togo et surtout la RDC, qui occupe la présidence de l’organisation en 2021, ont fait le forcing pour obtenir l’accord de Faki – pourtant réputé propalestinien. Au cours d’une des réunions du Comité des représentants permanents (Corep) en avril, organe où les ambassadeurs des 55 pays membres siègent, le Togo a même essayé de faire la promotion de la candidature d’Israël, ce que le deuxième vice-président, l’ambassadeur des Comores, a refusé, arguant qu’il fallait d’abord que le secrétariat soit informé et valide tout sujet de discussion.

Davantage de soutiens

En 2018, le président en exercice de l’UA, le Rwandais Paul Kagame, pourtant réputé très proche d’Israël, n’avait pas tenté de pousser l’accréditation d’un ambassadeur de ce pays. Cependant, depuis lors, Israël a engrangé de nouveaux soutiens africains avec la reconnaissance du Soudan et du Maroc – grâce à l’appui des Etats-Unis sous la présidence de Donald Trump.

Aujourd’hui, et après cinq décennies de purgatoire à la suite de la guerre du Kippour en 1973, 47 pays reconnaissent Israël sur le continent. Seuls la Mauritanie, le Niger, le Mali, les Comores, la Libye, l’Algérie, la Tunisie et Djibouti n’ont pas encore normalisé leurs relations diplomatiques avec ce dernier.

 Africa Intelligence

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