Sculptant la Terre depuis des millions d’années, les fleuves ou les cours d’eau en général, constituent de vastes réseaux d’artères et de veines qui irriguent la planète et apportent la vie. Mais quels sont ceux qui parcourent la surface du globe le plus longuement ?

Avant de révéler le classement de ces géants fluviaux, il faut savoir que le dernier de ce classement court déjà sur plus de 5.500 km alors que la Loire, qui est le plus grand fleuve français, ne mesure que 1.012 km et que le plus grand cours d’eau européen, la Volga, court sur seulement 3.701 km.

Voici le top 5 des plus longs fleuves qui s’écoulent à la surface de notre planète. closevolume_offjavascript:false 

 L’AMAZONE 

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© Neil PALMER / CIAT

Déterminer avec précision la longueur d’un cours d’eau est une tâche qui s’avère complexe car les géographes doivent définir à la fois où il commence et où il se termine, ce qui explique pourquoi l’Amazone et le Nil ont été pendant des siècles au centre d’une rivalité pour le titre de « plus long fleuve du monde ». Bien qu’au XXe siècle, un consensus scientifique avait accordé la primauté au fleuve africain sur son rival sud-américain, les revendications de chercheurs de l’Institut brésilien de géographie et de statistique ont rebattu les cartes en 2007 en proposant le mont Mismi, montagne enneigée du sud du Pérou, comme nouvelle source de l’Amazone. Cette proposition a prolongé la longueur de l’Amazone de 284 km, dépassant celle du Nil de 105 km. L’Amazone mesurerait donc 6.800 km de long, traversant le Pérou, la Colombie et le Brésil avant de se jeter dans l’océan Atlantique.

Cette artère fluviale sud-américaine collectionne les records comme celui du plus important débit du monde, autour de 206.000 m3/s en moyenne et apporte près de 20 % de l’eau douce aux océans. Ce puissant fleuve possède aussi le plus vaste bassin au monde, soit une superficie d’environ 6,9 millions de km2. De plus, il regroupe environ 13 % de la biodiversité et abrite près de 40 % de la forêt tropicale humide mondiale. Mais l’Amazone est aujourd’hui menacé par de nombreux projets de barrages hydroélectriques en cours de construction ou à l’étude, sur ses rivières et affluents, ce qui aurait des conséquences dévastatrices sur l’environnement.

 LE NIL 

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© Patrick HERTZOG / AFP

Rétrogradé à la seconde place du classement, le Nil reste néanmoins le plus long cours d’eau du continent africain avec 6.695 km. Le bassin du Nil couvre plus de 3 millions de km2 soit 10 % de la superficie de l’Afrique, réparti entre deux grands ensembles : le Nil blanc depuis le lac Victoria et le Nil bleu depuis le lac Tana en Ethiopie. Il s’étend sur onze pays : Burundi, République démocratique du Congo, Egypte, Ethiopie, Erythrée, Kenya, Ouganda, Rwanda, Soudan du Sud, Soudan et Tanzanie. D’un débit moyen d’environ 2.830 m3/s, il est à peine plus puissant que le Rhône mais reste très modeste vis-à-vis de ses homologues africains comme les fleuves Congo ou Niger. Il se jette dans la mer Méditerranée à travers un vaste delta.

Célébré comme une divinité au temps des Pharaons, le Nil est une source de vie pour quelque 500 millions d’habitants du Nord-est africain que ce soit pour les besoins en eau potable ou pour ceux liés à l’irrigation. Il assure à lui tout seul 97 % de l’approvisionnement en eau des Egyptiens. Mais il doit faire face à des défis de taille comme celui de la pollution de ses eaux, d’une démographie galopante concentrée sur ses rives, du changement climatique ainsi que le partage de ses eaux, source de vives tensions entre pays riverains comme le conflit qui oppose Egypte, Soudan et Ethiopie au sujet du Grand barrage de la Renaissance appelé GERD, méga-barrage éthiopien construit sur le Nil bleu.

 LE YANGZI JIANG OU YANG-TSÉ-KIANG 

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© Dong ZHANG / UNSPLASH

Source d’inspiration depuis toujours pour les artistes, le Yangzi Jiang est le troisième plus long fleuve du monde. Appelé aussi en chinois « Chang Jiang» ce qui signifie « Long Fleuve », il a longtemps été connu en France sous le nom de fleuve bleu ou de Yang-Tsé-Kiang, ancienne transcription plus proche de sa prononciation en chinois pour les francophones. Plus long cours d’eau de Chine et du continent asiatique, il prend sa source dans les hautes montagnes tibétaines et serpente sur 6.357 km à travers le territoire chinois pour se jeter dans la mer de Chine orientale, tout près de Shangai. Les eaux du fleuve et de ses affluents forment un bassin hydrographique d’1,8 million de km2 qui accueille près d’un tiers de la population chinoise soit 400 millions d’habitants. D’un débit moyen de 22.000 m3/s, il draine sur son passage les eaux de 3.600 affluents. Il est le refuge d’une biodiversité unique au monde avec ses nombreux et variés écosystèmes naturels et contribue à près de 40 % des ressources en eau douce de la Chine. De plus, il joue un rôle central dans l’économie agricole chinoise en particulier la riziculture et la pisciculture. Sur ses 2.800 km de voies navigables parsemées de ports fluviaux, s’effectue depuis toujours un trafic très actif de transport de marchandises, de matières premières ou d’énergie.

Le barrage des Trois-Gorges, en juin 2020.

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Cependant, tout comme les autres géants fluviaux, le Yangzi Jiang est confronté à des problématiques liées au changement climatique, à la construction d’infrastructures gigantesques qui barrent ses eaux comme le barrage des Trois Gorges mis en service en 2003 et qui réprésente le plus grand ouvrage hydraulique du monde, mais aussi à la pression démographique et à un développement économique accrû sur ses rives, sources de nombreuses pollutions. Face à l’urgence de la situation, le gouvernement de Pékin a adopté une loi, en décembre 2020, pour le protéger. Ce texte législatif de protection d’une voie navigable du pays, une première pour la Chine, est entré en vigueur en mars 2021 et doit permettre de desserrer la pression exercée sur le Yangzi Jiang.

 LE MISSISSIPPI-MISSOURI 

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© DSEARLS / CC BY 2.0

Quatrième au classement des plus longs fleuves du monde, le Mississippi est le plus grand cours d’eau d’Amérique du Nord avec 6.275 km en tenant compte de ses affluents comme le Missouri. L’origine de son nom provient du mot « Misi-Ziibi» de la langue amérindienne ojibwé qui se traduit par « Grand Fleuve ». Né des eaux du lac Itasca dans le Minnesota, au nord des Etats-Unis, il sillonne dix Etats américains avant de se jeter dans le golfe du Mexique à travers un immense delta. Le Mississippi est l’un des plus grands bassins fluviaux au monde puisqu’il couvre 3,3 millions de km2, soit 40 % du territoire des Etats-Unis, si l’on exclut l’Alaska. Fleuve mythique et iconique d’Amérique du Nord, décrit et popularisé par les plus grands écrivains américains, occupe encore aujourd’hui une grande place dans la vie mais aussi dans l’imaginaire non seulement des gens du Sud mais aussi parmi la majorité des habitants des Etats-Unis.

Avec un débit moyen à son l’embouchure de 18.000 m3/s, le Mississippi est une artère essentielle de l’économie américaine qui permet l’irrigation des cultures céréalières, le fonctionnement d’industries variées et de centrales électriques. Il assure également le transport de biens et matières premières puisque 10 % des marchandises des Etats-Unis transitent via ses ports fluviaux. De plus, plus de cinquante villes et 18 millions de personnes dépendent directement du Mississippi et de ses affluents pour leurs besoins quotidiens en eau.

Reste que les autorités chargées de veiller sur le Mississippi doivent trouver des solutions pour régler le problème récurrent des inondations et crues dévastatrices créées par les débordements du fleuve. La pollution et la surconsommation de ses eaux constituent d’autres sujets de préoccupations majeures même si de nets progrès en la matière ont été enregistrés depuis 1972, date à laquelle une loi, la Clean Water Act a été votée par le Congrès. Mais le défi majeur auquel est confrontée une partie du fleuve Mississippi ce sont les impacts du changement climatique qui modifient en profondeur son écosystème et menace l’existence même de son delta ainsi que la sécurité de ses habitants.

 L’IÉNISSEÏ OU ENISSEÏ

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© OLFIIKA / CC BY-SA 2.0

Ce fleuve russe qui coule en Sibérie orientale est le cinquième plus long cours d’eau du monde. D’une largeur comprise entre 15 et 20 km, il s’écoule sur une longueur de 5.539 km Né de la confluence du Grand Iénisseï et du Petit Iénisseï, il serpente le long de la frontière entre Sibérie orientale et occidentale, avant de se jeter dans la mer de Kara, dans l’océan Arctique. Le bassin de ce fleuve russe s’étend sur plus de 2,58 millions de km2 et représente le plus grand bassin versant Arctique. Ce vaste territoire regorge de ressources minérales et de matières premières ainsi que des plus grands gisements de pétrole et de gaz.

Il s’agit du plus puissant fleuve de Russie car son débit moyen à l’embouchure est de 19.800 m3/s surclassant ainsi tous les autres cours d’eau du pays. Mais ce n’est qu’une moyenne annuelle car le Ienisseï est gelé pendant cinq mois de l’année, il y a donc un écart énorme entre sa période de basses eaux et celle de hautes eaux. Le potentiel hydroélectrique du Iénissei et de ses principaux affluents comme l’Angara, a été exploité à partir des années 1950 et a permis un développement économique et industriel de la région. Par exemple, le barrage de Krasnoïarsk sur le Iénisseï, mis en service entre 1967 et 1971, est le deuxième générateur hydroélectrique le plus puissant de Russie, le premier étant celui de Saïano-Chouchensk qui se situe en amont sur le même fleuve. Le Iénisseï est aussi un axe majeur de communication sur lequel transitent des matières premières comme le bois, le charbon, le cuivre ou le nickel, ainsi que des produits pétroliers et des biens manufacturés.

Mais le revers de la médaille est que le Iénisséï est bien malade. L’activité humaine a contribué à la pollution de l’eau à cause de l’exploitation minière et métallurgique et de l’industrie pétrolière. De plus, les eaux du fleuve russe souffrent d’une contamination au plutonium à la suite des rejets de particules radioactives pendant plusieurs décennies d’un complexe chimico-industriel œuvrant dans la fabrication de l’arsenal nucléaire de l’armée soviétique, placé au cœur d’une ville secrète située à 60 km en aval de la ville de Kranoïarsk. Enfin, la régulation du débit des rivières et l’accaparement par le secteur industriel de la ressource disponible en eau favorise un épuisement du géant fluvial sibérien.

Cnews

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