ACCORD SUR LA ZONE DE LIBRE-ÉCHANGE CONTINENTALE AFRICAINE: CRAINTES ET INQUIÉTUDES SOULEVÉES PAR LA RATIFICATION DE LA RDC

Yves LUMBU KATUMBWE

L’accord sur la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA, ZLEC ou Zlecaf) était signé le 21 mars 2018 entre les membres de l’Union africaine. Lancée le 7 juillet 2019 lors du sommet de l’Union africaine (UA) à Niamey, au Niger, la ZLECA aurait dû entrer en vigueur le 1er juillet 2020, soit un an après son lancement mais la pandémie de Covid-19 en a décidé autrement. C’est finalement c’est 1er janvier 2021 qu’elle est entrée en vigueur.

Elle tire sa substance du besoin d’intégration économique dont l’Afrique a cruellement besoin pour développer l’économie des uns et des autres à travers la suppression des droits de douane pour 90 % des lignes tarifaires sur 5 ans pour les pays les plus développés, et sur 10 ans pour les pays les moins développés. Le principe fondamental de la Zlec est de favoriser le « made in Africa ».

LES CRAINTES SOULEVÉES PAR LA ZLECLA

RDC qui vient de ratifier cet accord a réduit à 17 les pays signataires qui hésitent encore à l’entériner, même s’ils en sont signataires (car la Zlec regroupe 54 des 55 pays de l’Union africaine, sauf l’Érythrée qui n’a pas adhéré). La plupart des parlements de ces pays réfractaires ont plusieurs craintes vis-à-vis de la Zlec :

➢ Ils s’inquiètent du sort de la main-d’œuvre et des PME locales face à la concurrence des multinationales éparpillées à travers l’Afrique ainsi que des exportations dans les secteurs les plus compétitifs, niche, des entreprises locales ;

➢ Ils craignent que la Zlec favorise les économies des pays plus développées au détriment des Etats pauvres, en l’absence d’un mécanisme de solidarité entre les pays riches et les pays pauvres ;

➢ Ils craignent que les produits échangés ne soient pas véritablement d’origine africaine mais d’origine asiatique, américaine, brésilienne, turque ou européenne…, dès lors que les économies africaines sont majoritairement importatrices qu’exportatrices.

Concernant cette dernière crainte, le continent Asiatique (avec la chine, les émirats arabe-unie, l’inde, l’Indonésie et le Pakistan), principal partenaire commercial de l’Afrique, risque d’être le principal bénéficiaire de la ratification de l’accord sur le libre-échange continental. Aussi longtemps que l’Afrique, plus particulièrement la RDC, ne sera pas en mesure de commercer ses propres produits pour tirer son épingle du jeu, la Zlec lui sera défavorable.

Eu égard de ce qui précède, notre préoccupation est la suivante :  » l’accord de libre-échange oui, mais pour échanger quels produits ? »

Admettons que l’accord  de libre-échange ratifié par la RDC consistait à importer par exemple, le pétrole et l’huile de palme du Nigeria ;

 Le cacao de la Côte d’ivoire et du Cameroun ; le maïs de l’Afrique du Sud ou encore le coton du Burkina-Faso, elle aurait mieux fait de rester à l’écart et de refonder son industrie.

En raison de plusieurs facteurs, plus précisément le manque d’infrastructures, les importations étrangères coûtent moins chères que les futures échanges « made in Africa ». 60 ans après les indépendances, les états africains sont encore au stade de leur refondation, les infrastructures industrielles sont aux abonnés absents, de telle sorte.

La République démocratique du Congo, en ce jour importe prêt de 90% des biens de consommation. Le peu des produits made in rd-Congo, telle que la margarine ; ne suffisent même pas à satisfaire son marché.  Pourtant, elle dispose de plus de 80 % des terres arables. Que fait-on de cette richesse ?

Le taux de chômage a déjà atteint des proportions scandaleuses dans ce pays où plus de 70% de la population est jeune. 

Ceci nous pousse à imaginer la terreur qu’inspire l’avenir des entreprises génératrices d’emploi au niveau local lorsqu’elles seront titillées par une concurrence économique étrangère, plus puissante et encombrante. Utexafrica a disparu à cause des WAX chinois. Le même sort est réservé aux PME congolaises.

Une crise sociale et humaine sans précédent est probablement en perspective ; qu’est ce qui arrivera au peu de travailleurs qui assurent à ces jours la survie des familles congolaises, lorsque, leurs PME fermeront. Gouverner c’est prévoir dit-on. Nous attirons donc l’attention des gouvernants, ceux-ci doivent réfléchir et proposer des solutions afin de pallier aux conséquences désastreuses de la ratification du Zlec.

En conclusion, nous estimons que l’ouverture de notre faible économie aux pays africains dans le cadre de la Zlec, doit se faire de manière réfléchie, la RD-Congo doit être en mesure de proposer des produits made in RD-Congo sur le marché africain pour en tirer profit. La ratification de cet accord ne poussera pas, comme par un bâton magique, les congolais à l’entreprenariat agroalimentaire, l’une de principale force potentielle de la RDC sur le plan économique. Le gouvernement et le parlement congolais peuvent encore mesurer la gravité de l’acte posé en ratifiant la Zlec. Ils devront s’activer en mettant en place un plan de financement et accompagnement des PME locale, de promouvoir l’esprit entrepreneurial féminin, de créer des infrastructures adéquates afin de résister au contrechoc économique auquel notre pays va être confronté dans un avenir proche.

Enfin, le Zlec prendra un peu de temps pour devenir effectif, la RD-Congo devra profiter de ce sursis pour améliorer ses infrastructures interne et externe afin de se rendre compétitive dans cette arène économique.

Yves LUMBU KATUMBWE

yveskatumbwe@gmail.com

  • Directeur du GIRB asbl en Belgique,
  • Vice-président de la fondation FJKA,
  • Administrateur au sein du Centre de recherche et d’information pour le désarmement et la sécurité « CRIDS »,
  • Président de l’asbl Renouveau pour l’Emergence, la Paix et l’ordre « REPOS asbl »
  • Gérant associé de la S.A SORHEGA INTERNATIONALE.

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