Dan Gertler s’active pour garder le contrôle de ses licences d’exploration pétrolière en RDC sans effectuer les moindres travaux

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Ayant obtenu la levée temporaire des sanctions américaines qui le visaient, le milliardaire israélien Dan Gertler s’active pour garder le contrôle de ses licences d’exploration pétrolière en RDC sans effectuer les moindres travaux. Son arme de prédilection : la force majeure.

A la suite d’un conseil d’administration qui s’est tenu à Kinshasa le 10 février, le directeur général des sociétés pétrolières Caprikat et Foxwhelp, Alain Mukonda Mayandu, a écrit le 12 février une lettre au ministre du pétrole par intérim Rubens Mikindo pour lui demander une rencontre formelle en vue de discuter des conditions d’exploration de leurs blocs 1 et 2 (lac Albert). Selon ce document qu’a pu consulter Africa Intelligence, les deux firmes – qui appartiennent au groupe Fleurette de l’homme d’affaires israélien Dan Gertler – ont déclaré la force majeure sur leurs deux permis en septembre. Elles veulent discuter au plus vite avec les autorités de tutelle afin d’éviter « une mise en demeure à la RDC dans le cadre d’un arbitrage » car c’est, selon elles, l’Etat qui est responsable de l’arrêt des travaux.

Une troisième extension du permis ?

Cette invocation de la force majeure, dont les raisons ne sont nullement explicitées dans le courrier, pourrait permettre une nouvelle extension du contrat d’exploration de Caprikat et Foxwhelp. L’actuel prend fin le 16 juin 2021 et a déjà fait l’objet de deux prolongations. La dernière avait été octroyée par le ministre par intérim des hydrocarbures John Kwet Mwan Kwet en 2019, pour vingt-quatre mois supplémentaires. Cette deuxième extension avait, à l’époque, fait polémique, car le code pétrolier de 2015 n’en autorise qu’une.

La volonté de Caprikat et Foxwhelp d’en demander une troisième en 2021 figure très clairement dans le compte rendu du conseil d’administration du 10 février (point 4). Pourtant, aucun forage n’a été effectué, dix ans après la signature du premier contrat sur ces deux permis du lac Albert dont la partie Est, en Ouganda, renferme plus de 1,5 milliard de barils récupérables. Total et Cnooc exporteront ce brut via la Tanzanie après la décision finale d’investissement courant 2021 .

Un conseil d’administration fantôme

Le conseil d’administration mandate ainsi Alain Mukonda Mayandu pour demander formellement cette extension et ce, « jusqu’à la suppression complète des événements ayant occasionné la force majeure ». Selon nos sources, le ministre Mikindo et l’un de ses conseillers, Tony Chermani (déjà en place sous les précédents ministres), y seraient favorables. Cependant, le gouvernement auquel appartient Mikindo a démissionné et un nouveau premier ministre, Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, a été désigné mi-février. L’actuel flottement politique pourrait profiter à Caprikat et Foxwhelp, la précédente prolongation du contrat ayant déjà été obtenue auprès d’un ministre par intérim, John Kwet Mwan Kwet.

Lors du conseil d’administration du 10 février, le président des deux sociétés Alain Mukonda Mayandu était représenté par l’avocat congolais Simon Niaku. Tous les autres membres du conseil d’administration sont des avocats ou des représentants légaux mandatés, non-actionnaires eux-mêmes.

Aucun deal avec les majors

En 2010, lors de l’obtention du contrat, Dan Gertler avait vigoureusement nié auprès d’Africa Intelligence, qui avait révélé son rôle dans l’opération, être derrière Caprikat et Foxwhelp. Puis, dans un deuxième temps, ses conseils avaient accepté de reconnaître qu’il était bien propriétaire des deux mystérieuses firmes créées la même année que l’obtention de leur bloc en RDC. Gertler est, depuis deux décennies, l’un des plus proches de l’ex-président Joseph Kabila. Ce dernier l’avait, à l’époque, remercié avec ces deux permis très prospectifs, espérant que Gertler pourrait facilement les revendre à des majors occidentales comme Total – déjà de l’autre côté du lac Albert – ou encore ENI (en 2010, un montant de 300 millions de dollars était souvent mentionné comme valeur des deux permis).

Cependant, les déboires juridiques de Gertler ont dissuadé toutes les majors de faire le moindre deal avec lui. La plupart des sanctions que le trésor américain a multipliées ces dernières années ont finalement été levées par le président américain Donald Trump, quelques jours avant la fin de son mandat en janvier 2021.

Africa Intelligence

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