Dans les coulisses de la visite de Félix Tshisekedi à Doha

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Présent au Qatar pour 48 heures, le président congolais a tenté de jouer sur la rivalité des pays du Golfe pour attirer des fonds qataris.

Le président congolais Félix Tshisekedi est arrivé dimanche soir au Qatar pour 48 heures, accompagné d’une délégation pléthorique de 60 personnes. Cette visite a été organisée à la dernière minute, alors même que la RDC attend depuis plusieurs mois un nouveau gouvernement qui devrait finalement être communiqué avant la fin de cette semaine. Logées au Four Seasons et au Sheraton situés sur la Corniche de Doha, les équipes du président ont multiplié les têtes à têtes avec les officiels qataris en vue de concrétiser un certain nombre de projets économiques. Des accords fermes, mais très généraux, ont bien été paraphés sur la promotion et la protection des investissements et sur la non double imposition.

Cependant, les deux principaux dossiers auxquels les Qataris tiennent absolument sont, d’une part, la modernisation des aéroports de Ndjili et Ndolo à Kinshasa ainsi que celui de Lubumbashi, et d’autre part une prise de participation dans la société d’Etat d’aviation Congo Airways. Ces deux sujets n’ont pas fait l’objet de discussions juridiquement contraignantes. En dehors de la ministre congolaise des affaires étrangères Marie Tumba Nzeza, aucun autre ministre du gouvernement démissionnaire depuis janvier n’a été convié lors de ce séjour dans le Golfe.

Duo de choc aux manettes

Selon nos sources, la visite du chef de l’Etat congolais à Doha a été préparée dans l’ombre par l’indéboulonnable conseiller spécial pour les investissements du président de RDC, Jean-Claude Kabongo. Ce dernier a travaillé main dans la main avec l’ancien ministre sénégalais Karim Wade, lui-même très proche de l’émir Tamim ben Hamad al-Thani. Fils de l’ex-chef de l’Etat Abdoulaye Wade, Karim Wade vit au Qatar depuis sa sortie de prison à Dakar en 2016, et n’hésite pas à servir d’intermédiaire en vue de favoriser des deals en Afrique pour le compte de son pays d’accueil. Il s’était par exemple rendu en Angola en 2019 afin de faciliter l’ouverture d’une ligne aérienne régulière de Qatar Airways entre Doha et Luanda . Cette dernière a été finalement ouverte le 14 décembre 2020.

Lutte d’influence entre Abou Dhabi et Doha

La RDC devrait tenter de profiter de la très forte rivalité entre les Emirats arabes unis et le Qatar. Depuis qu’Abou Dhabi a lancé avec l’Arabie saoudite, Bahreïn et l’Egypte un embargo au Qatar en juin 2017 – stoppé seulement en janvier 2021 -, l’Afrique est encore davantage devenue un terrain de jeu pour les puissances du Golfe. Quelques jours avant l’arrivée de Tshisekedi à Doha, la société d’Etat émiratie DP World a opportunément dépêché des représentants à Kinshasa pour avancer – sans succès – sur des négociations traînant depuis 2018.

DP World avait signé il y a trois ans avec le gouvernement précédent de Joseph Kabila un accord en vue d’obtenir une concession de trente ans sur le port en eau profonde de Banana et la gestion du foncier environnant, mais l’arrivée de Tshisekedi en 2019 a tout retardé et la relation avec l’opérateur émirati s’est tendue . Cette concurrence entre les deux puissances golfiques s’était déjà manifestée au Rwanda. DP World a construit en 2018 une zone logistique à 20 kilomètres de Kigali. En décembre 2019, Qatar Airways décidait de prendre 60 % du futur aéroport de Kigali dont le coût est estimé à 1,3 milliard de dollars, signant ainsi le plus important investissement qatari sur le continent africain.

Africa Intelligence

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