Depuis plus de deux ans, le ministre des affaires étrangères angolais Manuel Domingos Augusto, récemment limogé, était en pointe pour s’assurer que le deal pétrolier de l’ère Kabila resterait inchangé.
La surprise a été totale pour le ministre angolais des affaires étrangères Manuel Domingos Augusto, limogé début avril. Carolina Cerqueira, ministre d’Etat en charge des affaires sociales rattachée à la présidence et très proche de João Lourenço, avait rencontré Augusto quelques heures avant l’annonce du remaniement afin de le prévenir que la confiance était rompue entre lui et le sommet du pouvoir.
Ambassadeur de carrière en poste depuis 2017, Domingos Augusto avait pourtant fait son entrée en 2018 dans le saint des saints du pouvoir angolais : le bureau politique du MPLA. Son remplacement est notamment dû à la très mauvaise relation qu’il entretenait avec plusieurs de ses ambassadeurs. C’était particulièrement le cas d’une proche de Lourenço, la représentante permanente à l’ONU à New York : Maria de Jesus dos Reis Ferreira. Il avait aussi contre lui le fait d’être un apparatchik de l’ancienne ère de José Eduardo Dos Santos, dont Lourenço veut se distancer au maximum.
Manuel Domingos Augusto avait notamment sous sa responsabilité l’un des dossiers régionaux les plus sensibles : la relation avec la RDC. Parfait francophone, il s’était mobilisé, avec succès, pour que le statu quo négocié sous Joseph Kabila sur les blocs pétroliers 0 et 14 (Chevron), 15 (ExxonMobil) et 31 (BP) perdure après l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi à la fin 2018 . L’Angola produit l’essentiel de son débit sur ces permis et ne souhaite en aucun cas les partager avec la RDC. Si cette dernière se décidait à lancer un arbitrage, elle serait en droit de réclamer une partie de ces permis dont le découpage, effectué dans les années 90, l’empêche d’avoir accès à la haute mer.
Le nouveau ministre angolais des affaires étrangères, Tete António, était depuis 2017 le secrétaire d’Etat de Domingos. Il a l’avantage d’être originaire de la province d’Uige, frontalière avec la RDC, de parler français et lingala (langue en usage à Kinshasa) et de connaître parfaitement les acteurs du pouvoir dans la capitale.
Le président Lourenço sentant que la situation pouvait se retourner contre l’Angola avait proposé en janvier 2020 à son homologue congolais la réouverture de discussions sur la zone d’intérêt commun (ZIC) que partagent les deux pays en offshore et sur laquelle aucune découverte n’a été effectuée . L’objectif du chef de l’Etat angolais est ainsi d’éviter de parler de la question des frontières maritimes qui pourraient couper les blocs litigieux.
Tété Antonio