Félix et Poutine

Alors que Londres, Paris et Washington multiplient les opérations diplomatiques en République démocratique du Congo (RDC), Moscou entend ne pas se laisser distancer. Très actif à Kinshasa, l’ambassadeur russe en RDC, Alexey Sentebov, a ainsi organisé tout au long du mois de février une série d’événements sur la « politique extérieure de la Fédération de Russie ». Deux conférences consacrées à ce sujet se sont ainsi déroulées les 14 et 17 février, respectivement à l’Université de Lubumbashi et à l’Université libre de Kinshasa (ULK), devant plusieurs centaines d’étudiants congolais. Deux autres séquences similaires se sont par ailleurs tenues à l’académie diplomatique congolaise ainsi qu’à l’Ecole nationale d’administration (ENA) de RDC. Par ailleurs, Moscou devrait multiplier par deux d’ici trois ans l’octroi de visas aux étudiants congolais souhaitant étudier en Russie. Ce soft power russe dans le pays s’articule avec la volonté de Moscou d’obtenir de nouvelles parts de marché en RDC. Modeste Kikunga, Administrateur d’une société de conseil en RDC, Prive-Trade Congo,  est régulièrement sollicité depuis quelques années par le pouvoir à Kinshasa pour appuyer les relations de Kinshasa avec Moscou. Ayant de la famille originaire de Russie, Kikunga Modeste parle la langue Russe et à des réseaux à Moscou.

La course au  Niobium du Kivu et les visées russes à l’ère de l’hypersonisme

Plusieurs groupes miniers russes visent les ressources en niobium du pays et notamment le projet de Lueshe, au Nord-Kivu . La Russie, qui ne produit pas de niobium sur son territoire, a en effet besoin de ce métal très utilisé par ses industries de défense ou encore aérospatiales,nucléaires ,hydrocarbures  surtout à l’ère de la course aux armes hypersoniques.

Trois à quatre sociétés russes visent la reprise de Lueshe, qui se situe par ailleurs non loin d’autres gisements stratégiques de « 3T »(Tantalum, Tin and Tungsten ). A la conférence de Sotchi(en Russie), deux d’entre elles ont rencontré le ministre congolais des mines Willy Kitobo Samsoni.

Moscou a déjà tenté de mettre un pied à Lueshe, sans grand succès. En 2016, les autorités congolaises avaient retiré les droits sur le site à la Somikivu (Société minière du Kivu), partiellement contrôlée par le russe Conrus, pour manquement à son obligation de relancer la production, à l’arrêt depuis 2004.

En effet, La société Krall Metal Congo, de l’Autrichien Michael Krall, et la Société minière du Kivu (Somikivu) se sont  livrées une guerre par procuration pour le contrôle de la mine de pyrochlore (niobium) de Lueshe, au Nord-Kivu. La Somikivu est détenue par l’État congolais (20%), par l’allemand Gesellschaft für Elektrometallurgie (70%) et par Conrus (10%), filiale du groupe russe producteur du chrome , RosSpetsSplav.

Les autorités congolaises ont mis fin au permis de la Société minière du Kivu (Somikivu), gestionnaire de la mine de pyrochlore (oxyde de niobium) de Lueshe, à la mi-septembre 2016 .Le titre arrivait à échéance le 9 avril 2017. Kinshasa, qui détient une participation de 20% dans la société, a estimé que les actionnaires majoritaires avaient manqué à leurs obligations en ne redémarrant pas l’exploitation, à l’arrêt depuis 2004, et en ne réalisant pas d’étude de faisabilité.
Les compagnies minières russes veulent le Niobium congolais non seulement parce que la situation sécuritaire à l’Est s’améliore petit à petit mais surtout grâce au rapprochement de Felix Tshisekedi avec le Rwanda.

Le géant Russe du diamant Alrosa vise le Kasaï ,fief du clan  Tshisekedi

L’arrivée de Félix Tshisekedi au pouvoir à Kinshasa a provoqué un véritable big bang dans le secteur des diamants au Congo. Quasi à l’arrêt et délaissé par les politiques publiques depuis des années, il fait désormais l’objet de toutes les convoitises.

Pour s’imposer dans les mines de RDC, à l’heure actuelle trustées par les groupes chinois et leurs concurrents américains, la Russie déploie une stratégie dédiée, dont le président Vladimir Poutine et plusieurs sociétés ont été les fers de lance .

Déjà implanté en Angola voisine, le géant du diamant Alrosa regarde lui aussi vers la RDC, où il prospecte dans le Kasaï-Oriental.Le géant russe des diamants Alrosa, qui entend s’étendre en Afrique au-delà de l’Angola, où il produit 7,5 millions de carats par an , a trouvé une oreille attentive en Félix Tshisekedi. Ce dernier ambitionne de revitaliser l’économie de son fief familial, le Kasaï-Oriental, dont l’un des acteurs majeurs est la MIBA (Société minière de Bakwanga), compagnie publique qui détient des gisements de diamants.Il y a peu, neuf conteneurs d’équipements – pelles, chargeuses, niveleuses, camions-bennes, bus – sont arrivés à Mbuji-Mayi dans des wagons de la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC), en cinq jours depuis Lubumbashi, après la décision d’expédition. En général, du fait des formalités administratives et financières, ce genre de procédure prend un mois minimum.
Il faut dire que cette fois-ci, c’est Félix Tshisekedi lui-même qui avait ordonné l’envoi de la cargaison, peu après avoir été sollicité par la MIBA.Le chef de l’Etat a enjoint au gouvernement de décaisser au plus vite la somme nécessaire, environ 230 000 $, que la MIBA n’avait pas et n’aura pas à rembourser, puis à la SNCC d’affréter ses trains.

A  la conference de Sotchi du 23 au 24 octobre 2019 ,Alrosa a été l’une des rares sociétés à être reçues directement par le chef de l’Etat congolais, et pas uniquement par le ministre du secteur concerné. Lors de cette entrevue, les dirigeants de la société russe ont assuré le président congolais de leur intérêt à appuyer la relance de la MIBA, qui ne produit quasiment plus rien, malgré les promesses d’aides de groupes chinois.

Le gouvernement Congolais cherche actuellement des partenaires étrangers pour exploiter en joint-venture diverses sections des concessions de la MIBA, qu’il s’agisse des lits des rivières Luela et Lumyamya (240 000 cts/an) ou du gisement de Makumbi, dans la rivière Kasaï.En mai 2019, la Société Anhui-Congo d’investissement minier (Sacim), contrôlée par le chinois Anhui Foreign Economic Construction Group Co, qui avait démarré dès 2013 l’exploitation de concessions de la MIBA , a annoncé en grande pompe un investissement supplémentaire de plusieurs millions $ pour accroître la production et améliorer les infrastructures. La cérémonie signalant ce financement s’est tenue au Kempinski Hotel Fleuve Congo de Kinshasa, originellement la propriété d’un certain Cong Mao Huai, souvent appelé Simon Cong, « parrain » de la communauté chinoise au Congo et très proche du clan Kabila.

Le Grand Kasai dream de Felix Vs le Grand Katanga


Félix Tshisekedi tient à faire repartir à plein la MIBA, qui a été durant des décennies le poumon de l’économie du Kasaï. Le Kasaï est surtout le fief de la famille du chef de l’Etat, notamment de son père, l’opposant politique défunt Etienne Tshisekedi. En relançant la MIBA, Félix Tshisekedi entend refaire de sa province une locomotive du Congo, comme l’a été plus que jamais le grand Katanga quand le clan Kabila, qui en est originaire, était au pouvoir.

Afrique intelligence

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