Destitué en juillet dernier par l’assemblée provinciale du Kasaï-Central, notamment en raison de son conflit avec l’entreprise chinoise de construction CREC-7, l’ancien gouverneur Martin Kabuya multiplie les initiatives pour regagner son poste.
Sans résultat probant pour le moment, l’ex-gouverneur du Kasaï-Central Martin Kabuya s’est rendu récemment à la présidence de RDC afin de plaider sa cause. Ce membre du Front commun pour le Congo (FCC, la formation de l’ancien président Joseph Kabila) avait été démis de ses fonctions en juillet dernier à la suite du vote d’une motion de déchéance de l’assemblée provinciale. Depuis la mort début novembre de son remplaçant, le vice-gouverneur Ambroise Kamukuny, la province se retrouve sans gouverneur.
Martin Kabuya tente de revenir en poste en s’appuyant sur plusieurs arguments juridiques. Dans ses discussions avec la présidence, il met notamment en exergue le fait qu’il a été immédiatement écarté du gouvernorat à la suite du vote de l’assemblée, alors que les textes prévoient une période de transition durant laquelle le gouverneur expédie les affaires courantes jusqu’à l’investiture de son successeur.
Il estime aussi ne pas avoir eu la possibilité de se défendre face aux députés provinciaux, qui l’accusent entre autres de « menaces de mort » et de mauvaise gestion dans le dossier de la réhabilitation de la route entre Kananga et Kalamba-Mbuji. Martin Kabuya a également été mis en cause dans une affaire sur des faits présumés de torture contre un policier de la province, qui avaient conduit Kinshasa à dépêcher en début d’année une mission d’inspection pour vérifier ces allégations.
Suspicion de détournements de fonds
La crise politique dans le Kasaï-Central, une province dont est originaire le clan Tshisekedi (le père du président, Etienne Tshisekedi, est né à Kananga), trouve son origine dans le violent affrontement entre Martin Kabuya et le géant chinois des infrastructures CREC-7. Profitant de ses bonnes relations avec l’ancien gouverneur Alex Kande Mupompa (en poste entre 2012 et 2017), cette dernière avait signé courant 2013 un protocole d’accord d’un montant de 25 millions de dollars avec les autorités congolaises visant à construire deux ponts en béton et à réhabiliter la route entre Kananga et Kalamba-Mbuji.
Selon Martin Kabuya, ce marché signé de gré à gré n’a jamais reçu les autorisations nécessaires de l’assemblée provinciale pour entreprendre les travaux. Ce qui n’aurait pas empêché CREC-7 de réaliser jusqu’en 2019 quelques aménagements modestes et, surtout, d’installer une série de postes de péages destinés à faire payer les populations.
Le conflit avec CREC-7 s’est aggravé dans la foulée du lancement de l’ambitieux « programme d’urgence des 100 jours », qui a été lancé en 2019 par le président Félix Tshisekedi pour apporter des changements concrets dans le quotidien des Congolais. Dans la province du Kasaï-Central, celui-ci s’est traduit par un projet mené par l’Office des routes sur la route entre Kananga et Kalamba-Mbuji, qui a sous-traité sa réalisation à CREC-7 pour un montant de 4 millions de dollars.
Or, selon Martin Kabuya, une grande partie de cette somme aurait été détournée et les réalisations menées par l’entreprise chinoise seraient de piètre qualité. C’est dans ce contexte que le gouverneur a décidé d’expulser en août 2019 pour « séjour irrégulier » plusieurs salariés de CREC-7, mettant ainsi le feu aux poudres dans les relations entre le gouverneur et la société chinoise. Estimant que le conflit mettait en danger le bon déroulé des travaux routiers, les députés provinciaux ont alors initié la motion de déchéance à l’encontre de Martin Kabuya.
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