Paul Kagame, business angel du président centrafricain Faustin Archange Touadéra

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Fournissant déjà un soutien diplomatico-militaire actif à Bangui, le Rwanda pousse discrètement ses pions dans le secteur minier, mais vise aussi les projets d’infrastructure. Un entrisme économique qui s’appuie sur une poignée d’intimes du président centrafricain.

Le président centrafricain Faustin Archange Touadéra aura jusqu’au bout espéré la présence de Paul Kagame le 30 mars à Bangui, à la cérémonie d’investiture pour son second mandat, après une élection contestée et la menace toujours présente des groupes armés. Las, si le chef de l’Etat rwandais n’a finalement pas fait le déplacement, il a tout de même dépêché son premier ministre Edouard Ngirente.

Devenu cet automne le principal parrain régional de Touadéra, Kagame soigne sa relation avec le leadership centrafricain. Après avoir envoyé, cet hiver, plusieurs centaines de militaires pour stopper l’avancée des groupes armés qui menaçaient la tenue de l’élection, Kigali s’occupe désormais de transformer ses efforts diplomatico-militaires en débouchés commerciaux. Depuis cet automne, le monde des affaires rwandais est vivement encouragé à poser ses valises sur les bords de la rivière Oubangui.

Pour avancer ses pions à Bangui, le Rwanda s’appuie sur une figure bien introduite au palais de la Renaissance : Pascal Bida Koyagbélé, ministre délégué des grands travaux et des investissements stratégiques et intime de Touadéra. Fils du puissant banquier centrafricain Joseph Koyagbélé, décédé en 2016, Pascal Bida Koyagbélé a ses entrées à Kigali et joue depuis cet hiver les poissons pilotes du business rwandais en RCA.

Bons offices à Kigali

Le 9 janvier, alors que les rebelles étaient encore aux portes de la capitale centrafricaine, Pascal Bida Koyagbélé s’était rendu à Kigali accompagné de Jean-Claude Rameaux Bireau, ministre conseiller économique à la présidence centrafricaine. Objectif du séjour : faciliter l’ouverture d’une ligne RwandAir entre Kigali et Bangui. Un mois plus tard, le premier Boeing 737-800 de la compagnie nationale rwandaise se posait sur le tarmac de l’aéroport M’Poko. Depuis, Rwandair assure trois rotations hebdomadaires vers Bangui.

Pour faciliter les investissements rwandais dans le pays, Pascal Bida Koyagbélé a par ailleurs mis sur pied une structure dédiée : la Cellule stratégique d’orientation et de suivi des grands travaux et investissements stratégiques (CSOS-GTIS). Koyagbélé a été officiellement nommé par Touadéra pour assurer la coordination de l’instance créée le 1er septembre 2020 par décret présidentiel. Son objectif : capter et orienter les investissements extérieurs, notamment en provenance du Rwanda et de la Russie, via des partenariats publics privés.

Les fonds d’investissement rwandais sautent sur Bangui

Très active, la CSOS-GTIS a tenu ces deux derniers mois plusieurs rendez-vous avec des investisseurs rwandais désireux de s’implanter en RCA. Parmi les projets identifiés figure notamment la reprise de la cimenterie de Bangui, à laquelle s’intéresse le groupe rwandais Prime Cement. Le 1er mars, une délégation du puissant fonds d’investissement rwandais Crystal Ventures dirigé par Jack N. Kayonga a également été reçu par Pascal Bida Koyagbélé et le CSOS-GTIS pour identifier d’éventuels projets, dont l’implantation d’une unité de production du célèbre jus de fruit rwandais Inyange.

Dans les cartons du CSOS-GTIS figure également la construction d’une cité universitaire « Bangui 2 », à Damarra, la ville d’origine de Faustin Archange Touadéra.

Logements sociaux et mines d’or

Néanmoins, Kigali privilégierait à ce jour des investissements plus modestes, à l’instar des logements sociaux et des infrastructures routières. Autre secteur que vise le Rwanda : les mines. Kigali est notamment intéressé par l’exploitation de gisement d’or. Pour ce faire, une joint-venture baptisée Oko Africa doit être mise sur pied dans les prochains jours entre la très discrète société rwandaise Equatorian Venture et l’Office de recherches géologiques et d’exploitation minière (Orgem) centrafricaine. Objectif : encourager plusieurs projets communs de recherche et d’exploitations de gisements d’or et de coltan. Le dossier est directement supervisé par la présidence centrafricaine.

 Africa Intelligence

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