« Projet Ré-Habitat » : Les éléphants et les chimpanzés d’Ouganda et de la Tanzanie seront relocalisés en France en échange du passage de l’ oléoduc de TotalEnergies

Commencée de façon très classique, sous les dorures d’un hôtel de luxe parisien, une conférence de presse s’est terminée par une scène sanglante, ce lundi 13 novembre à Paris. A 11 heures, dans l’hôtel Shangri-la, dans le quartier Iena, un Américain sérieux et un Africain portant une chemise moirée et coiffé d’un kufi, accueillent au nom de Totalenergies les journalistes puis engagent la présentation du projet « Ré-Habitat ». Au début, l’Américain, « Yohanne Gavalé », use et abuse du jargon « responsable », « carbon-free » et « soutenable », il en a plein la bouche, si bien qu’on n’y comprend pas grand-chose, à part qu’il s’agit de faire du East African Crude Oil Pipeline (Eacop), le fameux grand projet de pipeline piloté par Total (ou plutôt Totalenergies, son nouveau nom) en Afrique de l’Est, et contesté par les écologistes, un chantier écologiquement irréprochable.

L’Eacop sera le plus long oléoduc chauffé au monde. Il traversera l’Ouganda et la Tanzanie, et il « déverrouillera le potentiel économique de l’est de l’Afrique », explique doctement l’orateur en anglais. « Cependant, comme bien des nouveaux projets, il aura un impact environnemental et social. Nous prenons ces enjeux très au sérieux. Il est vital d’être transparent ». Il ne nie donc pas que le pipeline traversera des terres très riches en espèces rares, et bousculera la biodiversité ainsi que les habitants : impossible de l’éviter, selon lui. Mais pour « neutraliser » ces effets indésirables, « nous compensons.

« Aussi nous sommes très fiers de présenter Ré-Habitat, le premier programme de conservation basée sur l’équivalence d’habitats ».

« Avec les plus grands experts de la faune », et « l’aide de l’ingénierie adaptative de biodiversité », « nous construisons un avenir où le progrès et la prospérité doivent cohabiter »…

« Ils nous prennent notre faune »

L’audience découvre peu à peu le projet : il s’agit de déménager… en France les « animaux irremplaçables » menacés par le pipeline. Ils iront « vers des habitats équivalents plus sûrs et plus durables ». Ils voyageront par couple sur un navire à énergie éolienne, solaire et à hydrogène, le NV Ré-habitat. Ainsi relocalisées, « les espèces rares pourront prospérer et se multiplier ». La voix suave de la vidéo conclut :

« Chez Totalenergies, nous imaginons un monde où puissance rime avec progrès ».

L’Américain Yohanne Gavalé reprend la parole et donne des détails du projet de relocalisation des espèces. La campagne française, avec le réchauffement climatique, sera bientôt en mesure d’accueillir ce « royaume animal florissant ». Ainsi la Camargue sera-t-elle un lieu parfait pour accueillir les oiseaux du delta ougandais de Murchison Falls. Le Lac du Bourget, avec ses forêts avoisinantes, pourra accueillir des éléphants de la réserve de Biharamulo. Les chimpanzés de la forêt de Bugoma seront acclimatés autour de Lac de Sainte-Croix, dans le parc régional du Verdon, etc. Quant aux paysans ougandais et tanzaniens expropriés, ils seront, eux, employés comme manutentionnaires sur l’oléoduc ou comme marins sur l’arche de Noé SV Réhabitat, ce qui complétera avec bonheur la « stratégie de compensation totale ».

Mais l’information a soulevé l’émotion sur les réseaux sociaux et dans au moins un média africain, le Nile Post (Titre : « Totalenergies ne prend pas que notre pétrole, mais aussi notre faune »)

 Pascal Riché/L’Obs

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