RDC: CONSULTATIONS POLITIQUES : QUID DU CRITÉRIUM ?

tshisekedi

D’ores et déjà, d’aucuns estiment que ce «référendum» gagnerait en efficacité, si les critères de participation étaient clairement définis en amont.

En République démocratique du Congo, l’heure est aux préparatifs des consultations des forces politiques et sociales représentatives, annoncées depuis sept jours par le Président Félix Tshisekedi, dans son message à la Nation, le vendredi 23 octobre. Prévus pour cette semaine, ces contacts n’ont toujours pas encore commencé. A la Présidence de la république, ce «retard» est attribué aux imprévus de l’agenda du Chef de l’Etat qui a séjourné pendant deux jours à Brazzaville, sur invitation de son homologue Denis Sassou Nguesso, où il a participé aux festivités 80ème anniversaire du Manifeste de Brazzaville, appel de De Gaulle à la résistance contre l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.

S’exprimant hier sur Top Congo FM, le directeur de la presse présidentielle, Abraham Lwakabwanga, a déclaré que ces consultations pourraient effectivement démarrer d’ici à la fin de cette semaine. A la question de savoir qui sont invités ou attendus à ces contacts, ce membre de cabinet de Félix Tshisekedi s’est montré prudent, déclarant que l’initiative étant du Chef de l’Etat, seul ce dernier connait par cœur ses invités. Toutefois, dans l’opinion, la cible privilégiée du Président congolais ne fait plus l’ombre d’aucun doute, tant le principal enjeu de ces consultations a d’avance été dévoilé. A savoir, la formation d’une nouvelle majorité à l’Assemblée nationale.

QUID DES CRITERES D’ELIGIBILITE?

Des consultations en vue d’un reversement de la majorité parlementaire, Félix Tshisekedi y tient à tout prix. Cependant, il se pose une vraie question en rapport avec les critères de participation. Qui sont donc éligibles à ces rencontres ? Dès lors que le Chef de l’Etat lui-même, a parlé des contacts et des consultations des forces politiques et sociales représentatives, le concept ne donne plus lieu à aucune équivoque. Il entend prendre langue avec les différents regroupements sociopolitiques du pays.

Cependant, d’aucuns pensent que l’initiative de Fatshi pose un vrai problème qui, une fois non résolu en amont, ferait capoter ces consultations. A savoir les critères d’éligibilité. Fort de la très longue et riche jurisprudence de notre pays, lorsque qu’on parle des consultations politiques, c’est tout le monde qui s’y prépare. Pour le cas de figure, tout le monde va se bousculer au portillon du Palais de la Nation ou de la Cité de l’Union africaine, pour prétendre participer aux négociations prévues au courant de cette semaine. Y compris la très plurielle Société civile.

Ici, la crainte est que le concept «Forces vives» est un fourre-tout. Le pays compte plusieurs société civiles, plusieurs associations et regroupements se réclamant apolitiques. Donc, de la Société civile, non seulement à Kinshasa, mais aussi à travers l’ensemble du pays. Partant de cette réalité bien de chez nous, il y a risque de voir ces consultations se dérouler dans un grand format, avec comme conséquence de s’étendre sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Sauf si le Président Félix Tshisekedi qui a initié ces contacts, a déjà ses conclusions et que ces séries de rencontre ne sont qu’une simple formalité pour légitimer sa démarche. Ce qui à priori semble ne pas être le cas, dans la mesure où le but des consultations reste de former une nouvelle majorité et permettre au Président de contourner le FCC.

LA JAUGE PARLEMENTAIRE

Dans les pays où le jeu démocratique se joue normalement, l’expérience renseigne que dans pareille circonstance, la seule jauge reste la représentativité à l’Assemblée nationale. Autrement dit, le poids de chaque regroupement politique en termes du nombre de sièges à La Chambre basse. Partant, nombre d’analystes estiment que cette donnée devrait servir de critère clair qui devrait concourir à la sélection des participants à ces consultations.

Et dans le cas d’espèce, on ne peut pas parler de la représentativité parlementaire, sans parler du FCC qui, à lui seul, compte 341 députés nationaux, sur l’ensemble des 500 membres qui composent la Représentation nationale. Il se fait, hélas, que cette plateforme dirigée par le président honoraire Joseph Kabila, ne prendra pas à ces consultations. C’est sans surprise, dans la mesure où, aux yeux de Félix Tshisekedi, c’est cette majorité actuelle du FCC qui constitue le problème qu’il entend résoudre, par ces consultations.

Cependant, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), parti phare de la plateforme FCC, avec 116 députés nationaux et 156 députés provinciaux, promet d’opposer à Félix Tshisekedi, l’article 64 de la Constitution. C’est ce qu’a déclaré Ferdinand Kambere, Secrétaire permanent adjoint de ce parti politique du 31 mars 2002, au cours d’une émission sur une télévision privée à Kinshasa.

L’article sus-évoqué stipule : «Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution. Toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l’État. Elle est punie conformément à la loi.»

«DIRE CLAIREMENT CE QUI N’A PAS MARCHE AVEC LE FCC»

Dans un entretien hier mercredi 28 octobre au média en ligne ACTU7.CD, Seth Kikuni a laissé entendre que la réussite des consultations politiciennes dépend d’un certain nombre de préalables que Félix Tshisekedi doit observer.

Selon cet ancien candidat à la présidentielle de 2018, Félix Tshisekedi doit clairement dire à ses interlocuteurs, non seulement ce qu’il a appris et compris de cette coalition, mais aussi et surtout, ce qui n’a pas marché avec le FCC et qu’il veut corriger en appelant les autres.

«(…) La coalition FCC-CACH a été un choix du Président Félix Tshisekedi qui doit s’assumer. En initiant les Consultations pour refonder l’action gouvernementale, il est dans l’obligation de dire clairement à ceux qu’il entend recevoir ce qui n’a pas marcher avec le FCC». Et d’ajouter : «C’est maintenant que je croirai à la sincérité du Président. Je vais croire qu’il a un problème et c’est quoi ce problème. Dans le cas contraire, on gardera de lui l’impression de celui qui veut nous embarquer dans un bateau pour légitimer son bilan qui jusque-là est négatif».

Cependant, le plus jeune candidat à la présidentielle du 30 décembre 2018 dissuade Félix Tshisekedi, quant à l’espoir de débaucher dans le FCC pour espérer avoir la majorité. Car, explique-t-il, «c’est avec le FCC que Fatshi a géré le pays pendant les deux premières années de son quinquennat en cours. Et, lorsqu’il veut le quitter, ça signifie qu’il y a eu échec de la coalition».

« Je n’encourage pas le débauchage. Si aujourd’hui, le Président Félix Tshisekedi réussit à débaucher dans le camp de Joseph Kabila, ça signifie que ceux qui quitteront le FCC pour le CACH auront à trahir leur autorité morale. Et celui qui a trahi aujourd’hui, finira par trahir demain. Surtout que lorsque vous le subornez à coup d’espèces sonnantes et trébuchantes», renchérit-il.

La pratique sociale étant le seul critère de la vérité, Seth Kikuni ne pense pas que la formation d’une nouvelle majorité au Parlement, soit la meilleure solution pour Félix Tshisekedi pour prétendre rectifier le tir. «Son mandat n’a que deux ans devant lui. Pour espérer renverser la tendance, qu’il consacre le reste de son quinquennat à l’économie qui sous-tend toute action gouvernementale. Mais avec son budget qu’il a arrêté en conseil des ministres, je reste encore dubitatif», conclut Seth Kikuni, cité par le même média en ligne. 

Grevisse KABREL/Forum des As

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