Matata_Ponyo_TV5

Dans un tweet, l’ex-Premier ministre Augustin Matata Ponyo (2012-2016) avait annoncé qu’il sera l’invité du journal Afrique du vendredi 13 mai. Ceux qui espéraient entendre un « politique » sont restés sur leur faim. Economiste de formation, l’homme s’est accroché sur des chiffres sans omettre son « dada » en l’occurrence la sacro-sainte macro-économie.

Face à l’excellente Dominique Tchimbakala, Augustin Matata a commencé par donner les raisons l’ayant poussé à quitter, fin décembre 2020, l’écurie Fcc-PPRD. Selon lui, son « épanouissement politique et intellectuel n’était pas garanti ». Au motif qu’il ne jouait pas le « rôle » qui lui convenait. C’est ainsi qu’il a décidé de s’en aller tout en restant « en harmonie avec le président Joseph Kabila ».

Interrogé sur le « projet économique » qu’il entend mettre en œuvre pour changer la vie des Congolais, l’ancien « Premier » s’est étendu sur des théories en relevant que l’idéologie de son parti est la social-démocratie. Dieu seul sait ce que recouvre le vocable « idéologie » au Congo-Zaïre. « Notre politique économique se fonde sur les principes de la libre entreprise, dit-il. C’est un capitalisme qui favorise les activités du secteur privé qui constitue le moteur de la croissance d’une part et d’autre part nous allons essayer de privilégier les secteurs sociaux ». Il cite notamment la santé et l’éducation. Pour lui, l’objectif de son projet de développement est d’atteindre dans… trente ans le niveau d’une économie émergente.

Ce n’est pas la première fois que Matata prononce le mot « émergence ». Au cours d’une émission télévisée organisée au « Fleuve Congo Hôtel » en mars 2015, il n’avait pas hésité de clamer le plus sérieusement que « le chemin de l’émergence est à la portée de la République démocratique du Congo ». Et d’ajouter, sans douter pour amadouer « Joseph Kabila », que « depuis 2001, il y a des avancées significatives en RDC. Les conditions de vie du Congolais se sont améliorées, même si beaucoup reste à faire ».

INDICE DE DEVELOPPEMENT HUMAIN (IDH)

Durant ses quatre années passées au poste de Premier ministre, Augustin Matata était « accusé » de privilégier les équilibres macro-économiques au détriment du « social » de la population. La journaliste de TV5 lui a rappelé que son discours macroéconomique n’avait pas permis au « petit peuple » de voir un changement dans son vécu quotidien. Matata se met aussitôt sur la défensive: « Madame, il ne faut pas tomber dans le piège des vendeurs du vent qui disent que la macro-économie n’était pas visible dans l’assiette du Congolais moyen ».

Incorrigible, « Mapon » feint d’ignorer que la véritable croissance se mesure par rapport à l’amélioration de la qualité de vie. Il replonge dans les chiffres. Il cite l’Indice de développement humain (IDH) publié en 2014 par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement). Selon lui, cette Agence onusienne avait reconnu que la RDC « avait fait un bond qualitatif de 11 points ». Ce satisfecit est, selon lui, à mettre, dans l’actif des réformes conduites de 2012-2016.

Ouvrons la parenthèse pour préciser que l’IDH comporte une dizaine de critères: espérance de vie, alimentation, eau potable, électricité, logement, hygiène, soins médicaux, éducation, pouvoir d’achat. Dans un supplément intitulé « Investir RD Congo 2015 », publié par l’hebdomadaire Jeune Afrique, on peut lire que « l’accès à l’eau potable est passé de 22% à 29% entre 2005 et 2013 avec de grandes disparités entre les milieux urbain (37%) et rural (12%). L’espérance de vie: 50 ans ». Notons qu’un rapport publié par le PNUD en 2016 indique que 18 millions d’adultes congolais ne savaient ni lire ni écrire. Fermons la parenthèse. On cherche en vain les indices de l’émergence.

AFFAIRE BUKANGA LONZO

Le 3 mai dernier, Augustin Matata Ponyo a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2023. « Ne devait-il pas attendre qu’il soit lavé de tout soupçon dans l’affaire Bukanga Lonzo », lui a demandé la journaliste de TV5 Monde. Matata a commencé par rappeler que la Cour constitutionnelle est le juge pénal du Premier ministre et du Président de la République « en fonction ». Une interprétation pour le moins fantaisiste de l’article 164 de la Constitution.

Cette disposition stipule: « La Cour constitutionnelle est le juge pénal du Président de la République et du Premier ministre pour des infractions politiques de haute trahison, d’outrage au Parlement, d’atteinte à l’honneur ou à la probité ainsi que pour les délits d’initié et pour les autres infractions de droit commun commises dans l’exercice de leurs fonctions. Elle est également compétente pour juger leurs co-auteurs et complices« .

Pour lui, l’arrêt rendu par la Cour constitutionnelle du 15 novembre 2021 – selon laquelle cette juridiction était incompétente pour juger un ancien Premier ministre – clos le débat. Dans ce verdict le président de cette haute juridiction avait conclu que la Constitution ne confère nullement à la Cour constitutionnelle « la compétence de juger un ancien Premier ministre ni un ancien Président de la République ». Pour Dieudonné Kaluba, agir autrement c’est soustraire l’ancien « Premier » de son juge naturel en l’occurrence la Cour de cassation. Des juristes ont crié au scandale.

Fonctionnaire à la Banque centrale du Congo, directeur de la BCECO, ministre des Finances et Premier ministre. Toutes ces fonctions n’ont pas fait d’Augustin Matata un homme politique. Il est resté un « technocrate », imbu de sa personne. Un technocrate plus préoccupé par les « équilibres macroéconomiques » qu’un social-démocrate convaincu soucieux de transformer la société et les rapports entre les hommes. Vendredi 13 mai, l’ancien Premier ministre a parlé. Sans convaincre.


Tribune – Baudouin Amba Wetshi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.