RDC : Programme Multisectoriel d’Urgence d’Atténuation des Impacts de la COVID-19 EN République Démocratique du Congo (PMUAIC-19) :quid du financement ?

Engunda Ikala

Le président de la République, Félix Tshisekedi, a présidé la cérémonie de lancement ce jeudi 18 juin au Grand Hôtel Kinshasa du Programme multisectoriel d’urgence d’atténuation des effets de covid-19 en présence du Premier ministre et des chefs des Corps constitués. L’objectif de ce programme est d’amortir le choc de la crise sanitaire et économique ainsi que de préparer avec sérénité la reprise, puis la relance de l’économie nationale. Pour un coût global de 2,6 milliards UD, sa durée initiale est de 9 mois.

Quant à sa mise en œuvre, le programme est subdivisé selon les trois principales actions globales suivantes :

1. Actions d’urgence évaluées à 1,7 milliard USD ;

2. Actions d’appui à l’urgence évaluées à 513 millions USD ;

3. Actions aux projets et réformes structurelles évaluées à 309 millions USD.

A la lecture des articles de presse sur le sujet, j’ai été un peu intrigué de la hauteur de l’ambition du projet, notamment sur son financement de 2,6 milliards USD sachant que la capacité de mobilisation des recettes de l’Etat n’est d’environ que de 350 millions USD par mois. C’est ainsi que j’ai pris connaissance du document relatif à ce programme afin de connaitre les sources de financement.

Premièrement, j’ai été agréablement surpris de constater qu’il existe une matrice détaillée pour chacune des actions telles qu’identifiées plus haut dans laquelle nous retrouvons l’identification des axes, des programmes, des sous-programmes et des projets qui sont liés à un tableau assez précis qui reprend les indicateurs, les localisations, les structures responsables, les coûts en CDF et USD, les sources de financement (voilà !), la durée d’exécution ainsi que les observations.

Ma préoccupation étant le financement, j’ai essayé d’établir une liste des projets dont les sources de financement étaient clairement identifiées dans les différentes matrices et le résultat me laisse quelque perplexe sur les chances de réalisation de ce programme dans les délais impartis.

En effet, concernant la première action qui est dite d’urgence, mon analyse m’indique que sur 1,7 milliard USD de projet à réaliser et budgétisé, plusieurs, qui se chiffrent à 1 milliard USD n’indiquent pas leurs sources de financement. En somme, le Gouvernement n’est pas en mesure d’indiquer, à l’heure actuelle, d’où viendra 64% du financement nécessaire pour la réalisation de cette partie du programme.

Concernant, la deuxième action d’appui à l’urgence, mon analyse m’indique que sur les 513 millions USD de projet à réaliser et budgétisé, plusieurs, qui se chiffrent à 450 millions USD n’indiquent pas leurs sources de financement. En somme, le Gouvernement n’est pas en mesure, à l’heure actuelle, d’indiquer d’où viendra 87% du financement permettant la réalisation de cette partie du programme.

Concernant, la troisième action sur les réformes structurelles, mon analyse m’indique que sur les 309 millions USD de projet à réaliser et budgétisé, aucune n’indique sa source de financement. En somme, le Gouvernement n’est pas en mesure, à l’heure actuelle, d’indiquer d’où viendra le financement pour la réalisation de cette partie du programme.

En somme, sur ce programme évalué à 2,6 milliards USD, plusieurs projets ou actions représentant un coût global de 1,7 milliards USD n’ont pas de source de financement identifiable. La question qui se pose alors est de savoir pourquoi présenter un programme exécutable sur 9 mois dont 65% du financement n’est pas identifiés ?

Au regard de ces faits, je ne peux qu’émettre un doute raisonnable sur la réalisation de ce programme. Rendez-vous dans 9 mois.

ENGUNDA IKALA

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