RDC : UDPS, un parti deux systèmes, de l’usure au pouvoir, chronique d’un mariage forcé !

F.Tshisekedi et manifestant udps

Ce 15 février, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social va totaliser  32 ans d’existences, luttant tour à tour contre le monopartisme dictatorial du feu Président de la République Joseph Désiré Mobutu, au régime révolutionnaire du feu Laurent Désiré Kabila et au multipartisme quasi-autoritaire de Joseph Kabila. Tout au long de cette lutte, les militants et certains dirigeants se sont forgé essentiellement une mentalité de fer qui passait par l’éradication des tentacules dictatoriaux. La victoire de Félix Tshisekedi aux élections présidentielles de 2019 suivi de l’accord controversé FCC-CACH pour une gestion mutuelle de la chose publique laisse un goût de victoire d’inachevé dans la tête de plusieurs militants du Parti, voyant d’un mauvais œil cette grande coalition, mais acquiesce vu que cela constitue un terminus névralgique, un couronnement à la longue lutte qui a décimé le parti.

Cependant jour après jour, ce réflexe primaire de lutte tend toujours à ressortir. La faute à l’élite actuel peu visionnaire et incapable de former et encadrer la masse militante vers sa nouvelle orientation, qui en réalité n’est plus la même.

La longue lutte a affaibli les Élites au profit de la base

La longue lutte pour l’instauration de la Démocratie et d’un Etat de Droit qu’a menée l’UDPS mieux incarnée par le leader « Maximo » Etienne Tshisekedi a  figé l’image du parti. A la vague des départs des cadres vers l’ancien MPR et l’AFDL, le Sphinx avait répondu aux militants : « l’UDPS était comme un train sur le chemin de fer avec plusieurs arrêts, au cours de notre parcours, il y aura ceux vont  descendre car arrivé à destination, jusqu’à notre victoire finale ».

Malheureusement, l’âge, l’abandon, la crise financière, l’envie… ont fini par créer des  vagues de départs des élites au point d’affaiblir ce qui fut l’atout majeur du parti à savoir « l’école de la démocratie pour l’endoctrinement idéologique ».  

Seul, trahi, malade, vieilli, affaibli… Etienne Tshisekedi le feu, n’avait d’autres choix qu’à confier le secrétariat général du parti à Jean Marc Kabund, sorti tout droit de la base au sommet. Ce renversement  de pyramide était le reflet du baromètre de l’état actuel du parti : « la faillite des hauts cadres ».

Ainsi le parti affaibli par des départs, duplicité et divisé, ne restait plus que les militants radicaux qui gardaient encore espoirs et qui ont fini par gagner le précieux sésame, « la magistrature suprême ». Ainsi, à l’aube de la prise du pouvoir, le parti n’avait qu’eux comme dirigeant et militants.

Or, en l’absence de son leader charismatique, Etienne Tshisekedi, le parti connait une mutation idéologique amorcée par ses nouveaux leaders qui essaient d’impacter cette nouvelle philosophie à une base  résiliente.

La nouvelle orientation du Parti

Commencée légèrement sous le règne du Sphinx, avec la signature des Accords de Saint-Sylvestre alors que Kabila était fin mandat,  Félix le successeur de son père a opéré un grand changement de cap dans la ligne du parti. L’abandon du radicalisme « Avec ou sans machine », au profit du dialogue constructif. Cette nouvelle tendance a continué après les élections de décembre 2019, où Félix Tshisekedi vainqueur à l’élection Présidentielle alors que sa coalition CACH n’avait pas obtenu la majorité requise au Parlement a jugé bon de s’allier à Joseph Kabila, l’ancien adversaire politique détesté par ses militants.

Car, soucieux d’impacter sa vision dans la conduite de la Nation, Félix a cru bon d’opter pour la coalition en lieu et place de la cohabitation, en s’associant au FCC afin de gérer de manière consensuelle la politique gouvernementale du Pays. C’est cette vision, une approche nouvelle décriée par ses anciens alliés de Lamuka, mal appropriée par certains militants et cadres de l’UDPS, qui est à la base des troubles intermittents au niveau du parti.

Dualisme idéologique, les cadres au pouvoir, le militant à l’opposition

Les militants de l’UDPS, un parti au pouvoir, ont parfois tendance à se comporter comme un parti d’opposition. La faute à un manque de leadership fort et visionnaire à même de conduire les militants d’assimiler la nouvelle donne du parti.

L’UDPS est confrontée une situation inédite, où certains cadres profitent de la manne du pouvoir, alors que le Parti lui-même à travers ses anciens cadres et militants sont délaissés, non impliqués dans la gestion quotidienne du pouvoir, recourent souvent à la rue pour revendiquer certaines injustices et faits pouvant être traités au sein du parti ou structures circonstancielles.

A cette allure, désorganisée et divisée,  l’UDPS sera encore perdante aux élections législatives de 2023.   

Roger Lazio

Analyste politique

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