(Tribune) Le développement local de la RDC, face à la réalité (Yves LUMBU KATUMBWE)

Yves Lumbu Katumbwe

Réfléchir sur les mécanismes et rôle que peuvent jouer les collectivités  territoriales reste à  tout prix une nécessité et un impératif dans le processus du développement local.

La bonne gouvernance et la décentralisation sont des thématiques qui doivent fédérer les experts afin de mettre en place ensemble un plan cohérent de développement tenant compte des enjeux et réalités auxquelles la RDC est confrontée.

La RDC fait face à une crise de légitimité et dépouillement de pouvoir face aux pressions extérieures. Nous sommes inondés d’aide provenant des bailleurs des fonds qui, en contrepartie, dictent leurs règles. Nous pouvons citer (les institutions de brothen wood) dont la banque mondiale qui impose des  politiques économiques strictes pour l’obtention des fonds. Il y a également les ONG qui, à elles seules, mobilisent des fonds pour des projets de développement qui sont parfois supérieurs au budget des pays hôtes.

L’affaiblissement des flux des ressources de la part des bailleurs des fonds en RDC, où la ressource est pour la plupart du temps exogène,  court-circuite l’Etat qui n’a que peu de prise sur les conditions de réalisation des flux d’aide.

En outre, au niveau local, les ONG se retrouvent face à l’absence des agents régulateurs, gèrent elle-même d’énormes enveloppes et se trouvent en situation de plein pouvoir dans les contours de leurs projets respectifs, sans coordination avec l’Etat, voire sans insertion locale.

Par conséquent, nous voyons apparaître une sorte de situation de dégénérescence au niveau étatique, ce qui crée une atmosphère de discorde des logiques locales et laisse le champ libre pour des régulations peu conventionnelles. C’est comme ça qu’enfin de compte, malgré les millions investis dans notre pays, l’impact des projets initiés par les bailleurs des fonds n’a souvent pas l’effet escompté sur la population et/ou le territoire.

Ainsi, la réussite d’un projet ne dépend pas seulement du montant du financement et de la nature du projet lui-même,  mais plutôt de la capacité des acteurs locaux à gérer et à s’approprier le projet. Cette compétence appartient au domaine de la gouvernance territoriale.

Dès 1996, L. Abdelmalki et C. Courlet (p. 13-14) conseillaient de revoir l’économie du développement par le prisme du développement local. Pour eux, il fallait proposer des nouvelles orientations qui laisseront éclore l’économie du développement qui se retrouve aujourd’hui sous des influences internes/externes à celle-ci.

Mon hypothèse pourra consister à dire que le territoire fait partie d’une composante permanente du développement. L’histoire industrielle en Europe, de la proto-industrialisation à l’industrie moderne en sont les preuves.

Pour conclure, la décentralisation au niveau du développement social local n’aura de sens que si l’émergence du niveau de la collectivité territoriale s’inscrit dans un mouvement global de redéfinition des rapports interinstitutionnels dans la chaîne qui va des bailleurs aux producteurs locaux.

En ma qualité d’expert,  je formule trois recommandations à l’Etat congolais pour bien jouer son rôle dans le processus du développement local:

1. Redistribution: parce que tout territoire n’est pas également doté ;

2. Médiation: relation entre les instances internationales, les collectivités territoriales et les acteurs locaux ;

3.  Coordination: des propositions émanant des collectivités territoriales  et  des projets des acteurs du territoire.

Face aux principes traditionnels d’aide extérieure,  l’Etat congolais doit retrouver sa place de régulateur pour mieux impulser le développement dans toute l’étendue de son territoire.

Yves LUMBU KATUMBWE

Expert en développement local  et Entrepreneur social

Directeur du GIRB asbl en Belgique,

  • Vice-président de la fondation FJKA,
  • Administrateur au sein du Centre de recherche et d’information pour le désarmement et la sécurité « CRIDS »,
  • Président de l’asbl Renouveau pour l’Emergence, la Paix et l’ordre « REPOS asbl »
  • Gérant associé de la S.A SORHEGA INTERNATIONALE.

Related posts