Infrastructures routière protéger Total et Cnooc de la « menace rebelle”
Derrière les largesses financières de Yoweri Museveni pour construire des routes au nord de la République démocratique du Congo se cache la peur panique du président ougandais que l’insurrection armée vienne pénaliser le projet pétrolier du lac Albert.
Ce n’est pas seulement par souci de resserrer ses liens avec l’administration du président congolais Félix Tshisekedi que le chef de l’Etat ougandais Yoweri Museveni a annoncé, mi-octobre, son intention de financer, à hauteur de 53 millions de dollars, la construction de nouvelles infrastructures routières au nord-est de la RDC. Officiellement, ces routes doivent permettre d’améliorer les relations commerciales entre les deux Etats. Officieusement, les priorités de Museveni sont d’ordres sécuritaires.
Depuis 2014, la région du Nord-Kivu connaît une vague d’attaques commises par le groupe des Forces démocratiques alliées (ADF), une milice islamique d’origine ougandaise. L’impraticabilité des routes ralentit fortement la lutte contre l’AFD par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). La zone est, de plus, située à quelques centaines de kilomètres des gisements pétroliers du lac Albert, développés par la major française Total et son partenaire chinois Cnooc. Museveni a donc chargé son ministre des transports Edward Katumba Wamala, ex-général, de ce dossier visant à construire 223 km de routes pour aider à contenir l’activité rebelle à l’est de la RDC.
Une raison diplomatique, une raison personnelle
Museveni espère aussi que cette aide financière adoucira ses relations avec la RDC. Les deux Etats sont toujours en conflit devant la Cour internationale de justice, Kinshasa réclamant 10 milliards de dollars à Kampala pour les exactions commises par ses soldats lors de son intervention sur le territoire congolais entre 1997 et 2003. Selon nos informations, le chef de l’Etat ougandais a par ailleurs une raison plus personnelle de garder un œil sur son voisin : il soupçonne son ancien ministre de la sécurité Henry Tumukunde – également candidat à l’élection présidentielle de 2021 – de chercher à rallier des soutiens en RDC. Ex-chef de l’Internal Security Organisation (ISO), agence de renseignement ougandaise, Tumukunde avait été arrêté le 12 mars, suspecté de trahison, avant d’être relâché.
Museveni a chargé sa Special Forces Command (SFC), unité des Uganda Peoples’ Defence Forces (UPDF), de la sécurité des infrastructures pétrolières. Une décision prise lorsque Muhoozi Kainerugaba – le fils de Museveni, aujourd’hui conseiller spécial à la sécurité pour la présidence – était encore à la tête de la SFC. Cette dernière est aujourd’hui commandée par le général James Birungi et comprend 12 000 hommes, formés et entraînés par les forces spéciales américaines, russes et israéliennes. Birungi a récemment pris la place du général Don William Nabasa. Les deux hommes sont issus, comme Museveni, de la communauté banyankole. Une société de sécurité privée prête main-forte à la SFC : Askar Security Services, propriété de Kellen Kayonga, belle-sœur de Salim Saleh, le demi-frère du chef de l’Etat.
Africa Intelligence