Le FCC décide de brouiller les relations de Fatshi avec l’Occident

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Pour ceux qui ont suivi attentivement les allocutions prononcées, mardi 15 septembre, par les présidents de deux Chambres du Parlement à l’ouverture de la session de septembre, il est facile à deviner l’intention cachée de la menace à peine voilée contre l’Occident et leurs diplomates accrédités en RDC. Le FCC de Joseph Kabila a ôté ses masques, en chargeant ouvertement ses deux lieutenants au sommet de l’hémicycle du Palais du peuple de faire une déclaration de guerre au président Tshisekedi. Mais ils ont bien pris soin de planifier la cible : déjà à l’interne, ils s’activent à le faire bannir par le peuple, en mettant par terre l’économie et la sécurité ; et maintenant, à l’externe, ils veulent l’éloigner de ses appuis de taille, à savoir la communauté internationale.

Ce n’est pas un fait anodin qu’au Parlement, les pro-Kabila lancent une offensive contre les « ingérences étrangères » ! En effet, lors de la rentrée parlementaire, le mardi 15 septembre 2020, à laquelle a pris part pour la première fois l’ancien président et le sénateur à vie, Joseph Kabila, le président du Sénat, Alexis Thambwe Mwamba, et la présidente de l’Assemblée nationale, Jeanine Mabunda, ont lancé ouvertement une offensive contre des « ingérences » de diplomates en poste à Kinshasa. Était-ce par hasard ?

 Qu’on l’appelle dénonciation ou provocation, la double déclaration des présidents de deux Chambres du Parlement, qualifiant d’«ingérences extérieures » l’implication et l’activisme de certains diplomates occidentaux, n’est rien d’autre qu’une fatwa ouverte au chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Et, sans porter des gants, le président du Sénat n’a pas voulu rater sa cible.

« Le constat sur le plan politique est que le pays fait face à des ingérences étrangères récurrentes dans les affaires intérieures de l’État. Nous remarquons que certaines représentations diplomatiques s’érigent en conseillers d’institutions publiques et d’acteurs politiques en fonction. Leurs déclarations et activisme contribuent à l’évidence à la méfiance et opposition entre Congolais. Je prie donc le gouvernement de rappeler aux représentants des pays amis au plus grand respect de la Convention de Vienne à son article 41, alinéa 1er ainsi que de la Charte des Nations unies à son article 2 paragraphe 7 et de soumettre leur comportement au respect de nos institutions, des autorités et des citoyens », a fustigé Thambwe Mwamba.

« Nous demandons au gouvernement de rappeler aux diplomates en République démocratique du Congo, quels qu’ils soient, les exigences de leurs charges et leur devoir de réserve (…) qui interdit toute ingérence dans les affaires intérieures », a déclaré ensuite la présidente de l’Assemblée nationale, Jeanine Mabunda, devant les députés.

Que cache dès lors cette menace à peine voilée de la famille politique de Kabila vis-à-vis de l’Occident ? Pourquoi la présence et la vigilance des diplomates font-elles aussi peur aux caciques du FCC ? Que gagnent-ils lorsque le pays est coupé, sur le plan diplomatique, de ses partenaires traditionnels ?

Diviser pour mieux régner

La politique est claire et la méthode facile à deviner : il faut diviser tout ce qui est uni afin de mieux imposer sa loi. Et le FCC qui détient sa majorité au Parlement, sait très bien que pour lui résister, Fatshi s’appuie essentiellement sur deux béquilles, à savoir le peuple – majorité silencieuse, et la communauté internationale – dont les diplomates accrédités à Kinshasa gardent un œil grandement ouvert sur leurs faits et gestes.

Si déjà à l’interne, ils peinent à le faire vomir auprès d’un peuple qui commence à tout comprendre, malgré qu’ils ont réussi à mettre par terre l’économie et la sécurité, les stratèges du FCC savent contourner l’obstacle, en essayant à présent de d’activer le front externe, quitte à éloigner Fatshi de ses appuis de taille, à savoir la communauté internationale. Y parviendront-ils ? C’est toute la problématique que d’aucuns lient d’ailleurs avec la présence très remarquée, mardi 15 septembre, du sénateur à vie Joseph Kabila, à la séance d’ouverture de la session parlementaire.

Sinon, cette offensive musclée contre les représentations diplomatiques ne saurait s’expliquer autrement. Alors qu’il n’y a eu aucun incident diplomatique en cours, comment peut-on justifier que les présidents de deux Chambres parlementaires s’arrangent – on veut bien croire que c’est un hasard – pour tacler le chef de l’État, en priant le gouvernement de « rappeler aux représentants des pays amis au plus grand respect de la Convention de Vienne » ?

C’est simplement un bras de fer engagé. Et le schéma est clair : il faut mettre le président de la République en conflit avec les diplomates. Ainsi, affaibli de l’intérieur par les multiples crises provoquées à dessein par eux, et brouillé de l’extérieur avec l’Occident, ce colosse à la présidence de la République ressemblera à un « éléphant aux pieds d’argile », prêt à s’effondre au moindre coup de bâton.

Mais, sur ce terrain très glissant, la guerre n’est pas gagnée d’avance. Comme Le Potentiel l’a dit dans sa précédente édition, tout se jouera entre le diktat de la majorité numérique du FCC et la ruée populaire de la majorité silencieuse du peuple. Entre les deux, l’« ingérence étrangère » qui est également invoquée par les deux speakers des Chambres du Parlement n’est pas un fait du hasard.

Le FCC sait pertinemment bien que sa stratégie de s’imposer face à la majorité silencieuse est risquée. Et la situation va certainement attirer toute l’attention internationale comme ce fut le cas, il y a peu, avec des manifestations contre la désignation controversée du remplaçant de Corneille Nangaa à la Céni ou contre les lois Minaku-Sakata sur la réforme de la justice…

Le Potentiel

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