RDC: Lac Albert, Museveni déploie 600 soldats à la frontière avec la RDC pour la protection des blocs pétroliers de Total et de Cnooc

frontière RDC-BENI - OUGANDA

Le président ougandais multiplie les dispositifs de sécurité afin que Total ne revive pas les mêmes déboires que dans la province du Cabo Delgado.

Effrayé par la situation dans le nord du Mozambique, où des groupes ayant fait allégeance à l’Etat islamique (EI, ou Daech) ont contribué à stopper depuis décembre 2020 la construction des deux trains de liquéfaction de gaz de Total, le président ougandais Yoweri Museveni veut tout faire pour éviter un scénario similaire avec le développement du pétrole de Tilenga, également dans les mains de la major française, et de Kingfisher (Cnooc). La décision finale d’investissement pour ce projet, dont la production (230 000 b/j) sera évacuée par un oléoduc vers le port tanzanien de Tanga, a été prise lors d’une cérémonie à Entebbe, le 11 avril. Le chef d’Etat ougandais y avait notamment convié son homologue tanzanienne Samia Suluhu Hassan, ainsi que le PDG de Total, Patrick Pouyanné.

Nouveau rempart des ex-Somaliens d’Ouganda

Selon nos sources, 600 soldats pourraient être positionnés à la frontière avec la RDC. Les militaires ougandais mobilisés pour cette mission proviendraient tous du contingent déployé jusqu’en septembre au sein de l’opération de paix de l’Union africaine en Somalie, l’Amisom. Ces soldats étaient stationnés à Mogadiscio afin de protéger les agents de l’ONU. En Ouganda, ils viendraient en appui aux Special Forces Command dans les mains du fils du président, Muhoozi Kainerugaba, en charge notamment de la protection des blocs pétroliers de Total et de Cnooc.

Museveni compte confier au lieutenant-colonel Peter Elwelu ce nouveau contingent spécialement dédié à prévenir les menaces venant de RDC, notamment de la part des Allied Democratic Forces-National Army for the Liberation of Uganda (ADF-NALU), un groupe anti-Museveni d’inspiration islamiste créé en 1995 et dont les actions, régulièrement revendiquées par l’Etat islamique, lui ont valu d’être placé sur la liste des groupes considérés comme terroristes par les Etats-Unis, même si les preuves d’un lien avec la nébuleuse djihadiste ne sont pas probantes. Son unité pourrait être stationnée entre la ville congolaise de Beni et le poste-frontière à Mpondwe, à proximité de la province du Sud-Kivu où l’Ouganda est régulièrement pointé du doigt pour les violences et le pillage de minerai.

Une menace déjà ancienne

En 2007 déjà, Museveni avait envoyé son armée sur le territoire congolais pour officiellement pourchasser les membres des ADF-NALU. Le leader de ce groupe, Jamel Mukuru, est depuis 2015 en prison à Luzira, dans la banlieue de Kampala, mais l’organisation reste active dans des massacres à l’est de la RDC.

Pour faciliter le transport éventuel de troupes et la coopération avec l’armée congolaise, mais aussi développer le transport de marchandises entre les deux pays, Museveni souhaite financer la construction de routes entre l’Ouganda et certaines villes de RDC. Un accord entre le président ougandais et son homologue congolais Félix Tshisekedi avait été passé lors de la venue de ce dernier à Entebbe, en novembre 2019. Trois routes d’un total de 1 182 kilomètres devraient relier les trois communes de Goli-Mahagi-Bunia, une autre entre Mpondwe et Beni et une dernière entre Bunagana, Rutshure et Goma avant de rejoindre l’Ouganda. Le coût total est estimé à 65,9 millions de dollars.

 Africa Intelligence

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