RDC: le président Tshisekedi a autorisé la Cour pénale internationale à arrêter Joseph Kabila ? La CPI dément

Des publications Facebook partagées des milliers de fois depuis 36 heures affirment que l’actuel président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a rencontré des « agents » de la Cour pénale internationale (CPI) pour autoriser l’arrestation de son prédécesseur Joseph Kabila, avec qui il gouverne en coalition. La CPI a catégoriquement démenti toute rencontre avec le chef d’Etat, ainsi que l’existence d’un mandat d’arrêt contre Joseph Kabila. 

« Félix Tshisekedi vient de rencontrer les agents de la CPI maintenant à Bruxelles pour apposer sa signature pour l’arrestation de Joseph Kabila », alerte l’auteur d’une publication Facebook datée du 8 juillet. 

Cette publication, archivée ici par l’AFP, a été particulièrement virale: elle a été partagée plus de 5.300 fois en moins de 36 heures, avant d’être effacée le 9 juillet en début d’après-midi.Capture d’écran Facebook réalisée le 09 juillet 2020

« Le président de la République Félix Tshisekedi vient enfin de donner l’autorisation à la CPI pour mettre la main sur Joseph Kabila qui continue à bloquer ses actions », ajoute cette publication, en affirmant qu’« une délégation de la CPI sera à Kinshasa (la capitale congolaise, ndlr) ce samedi pour mettre fin à Kabila »

Malgré ses moins de 36 heures de présence sur Facebook, ce texte a tout de même été repris sur plusieurs autres publications, moins virales, du réseau social (1234).

Démenti de la Cour pénale internationale 

Félix Tshisekedi s’est rendu ces derniers jours à Bruxelles pour une visite à titre privé, selon la presse belge et congolaise qui affirme qu’il y est arrivé dimanche. 

Il y a notamment rencontré le roi des Belges, Philippe, et la Première ministre belge, Sophie Wilmès, selon La Libre Afrique citant des sources belges.

Aucun média n’évoque une réunion avec des membres de la Cour pénale internationale.

Contactée par l’AFP le 8 juillet, la CPI, qui est basée à La Haye (Pays-Bas), a formellement démenti les affirmations des publications Facebook sur une rencontre entre M. Tshisekedi et des « agents » de l’institution, ainsi que sur un déplacement prévu à Kinshasa ce week-end.

« Ce sont des informations totalement fausses », a déclaré Fadi El-Abdallah, porte-parole de la CPI. 

« Il n y a pas de mandat d’arrêt délivré par la CPI contre l’ancien président Kabila », a-t-il insisté. 

Aucune information officielle sur le déplacement de Félix Tshisekedi n’a été communiquée sur les plateformes officielles de la présidence congolaise. 

« Le président est à Kinshasa », ont affirmé, sans plus de précision, le 9 juillet dans l’après-midi les services de communication de la présidence contactées par l’AFP.

Une photo sortie de son contexte 

L’image utilisée pour illustrer ces affirmations semble datée.

Elle présente en effet M. Tshisekedi en réunion notamment avec Charles Michels, ancien Premier ministre belge (2014-2019) aujourd’hui président du Conseil européen.

En menant une recherche d’image inversée sur Google, procédé qui permet de retrouver les précédentes utilisations d’une image sur internet, une centaine des résultats sont proposés.

Les occurrences les plus anciennes de cette photo sont des articles datant du 17 septembre 2019, notamment un article de l’agence congolaise de presse.

Le 17 septembre 2019, Félix Tshisekedi, président depuis janvier, était en effet à Bruxelles pour sa première visite officielle en Europe en tant que chef de l’Etat congolais.

Avec une délégation, il avait rencontré Charles Michels et des membres du gouvernement belge, comme le montre une photo AFP (ci-dessous).  Pool Didier Lebrun / AFP

Sur cette photo très similaire à celle des publications que nous vérifions, on retrouve Charles Michels, entouré de ses ministres Alexander de Croo et Didier Reynders, face à Félix Tshisekedi, encadré par les ministres congolais André Kabanda Kana et Marie Tumba Nzeza.

Outre les mêmes personnes assises aux mêmes positions et portant des vêtements identiques sur les deux photos, de nombreux éléments de décor (lampes, décorations de table, chaises…) confirment que ces photos ont bien été prises le 17 septembre 2019.Capture d’écran Facebook réalisée le 8 juillet 2020Photo AFP du 17 septembre 2019

Ce voyage privé du président Tshisekedi a suscité quelques commentaires acerbes d’activistes en RDC, pays dont les frontières sont officiellement encore fermées dans le cadre de « l’état d’urgence » sanitaire décrété fin mars à l’apparition des premiers cas de Covid-19.

Le militant des droits de l’homme Fred Bauma s’est ainsi interrogé sur Twitter:https://platform.twitter.com/embed/index.html?creatorScreenName=afpfactuel&dnt=false&embedId=twitter-widget-0&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=1280366981162717184&lang=fr&origin=https%3A%2F%2Ffactuel.afp.com%2Frdc-le-president-tshisekedi-autorise-la-cour-penale-internationale-arreter-joseph-kabila-la-cpi&siteScreenName=AFPMakingof&theme=light&widgetsVersion=9066bb2%3A1593540614199&width=550px

Crise politique en RDC

La RDC traverse actuellement une sévère crise politique.

Le président Tshisekedi gouverne avec les forces politiques de son prédécesseur Joseph Kabila, qui ont gardé la majorité au Parlement d’après les résultats officiels des élections du 30 décembre 2018.

Le parti présidentiel de Félix Tshisekedi et le Front commun pour le Congo de Joseph Kabila se déchirent sur la désignation d’un nouveau président à la tête de la très stratégique Commission électorale, où les Eglises catholique et protestante mettent leur veto au choix d’un cadre de l’équipe sortante. 

Joseph Kabila 49 ans, a été président de la République démocratique du Congo entre 2001 jusqu’aux dernières élections organisées en novembre 2018 où il avait choisi un dauphin au sein de sa famille politique pour lui succéder.

Les dernières années de son régime ont été marquées par des manifestations réprimées dans le sang entre 2015 et 2018. Quatorze cadre de l’ancien régime sont toujours sous sanction de l’Union européenne (UE) pour violations des droits de l’homme et entraves au processus électoral.

Factuel.afp

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